Saison 1 réussie pour l’association « De films en séries » – interview exclusive du président Fabrice Oberti

L’association De Films en séries fête son tout premier anniversaire. Son président, Fabrice Oberti, revient avec nous sur les origines et les ambitions de l’association. Entretien avec un véritable « Série-vore ».

Pouvez nous faire une petite présentation rapide de l’association ?

Alors De Films en Séries est une association que j’ai créé avec ma femme il y a maintenant un an et demi. L’objectif de l’association est de mettre en avant tout ce qui concerne les séries au travers de conférences ou de soirées spéciales, même si aujourd’hui notre réflexion s’ouvre d’avantage sur le cinéma, la bande dessinée ou diverses formes artistiques. L’objectif est de proposer au public vichyssois la diffusion de séries dans les grandes salles d’un cinéma, pour en apprécier toute la qualité esthétique et la force du récit.

D’où vous est venue l’idée de créer une telle association ?

Par défaut, on va dire. À la base, je suis un passionné de séries. J’en consomme depuis que j’ai 15 ans. J’ai toujours été quelqu’un de très « sérievore ». J’avais proposer à la médiathèque Valery-Larbaud de faire des animations occasionnelles autour des séries sans forcément avoir l’idée d’être rémunéré. C’est comme ça que j’ai lancé le système de conférences, pour parler des séries et des thématiques qu’elles abordent. Au final, on en est à la 3éme « saison » et je viens de terminer la 11ème conférence. Il y en a encore deux de prévues pour novembre et décembre qui vont « clôturer » le concept. Par la suite, j’aimerais proposer une nouveau format, proposer plus de rendez-vous entre le public et des professionnels du cinéma et des séries, que ce soit des scénaristes, des producteurs, des comédiens ou des réalisateurs. Un mélange de conférence, d’interview et de rencontre en somme. Mais pour concrétiser ça et réfléchir à des séances de projections, des animations dans les bars ou les restaurant, il faut un socle administratif, quelque chose pour structurer. D’où la création de l’association.

Ce qui vous plaît le plus dans le format série, c’est…

Je dirai les personnages ; on les suit bien plus longtemps que dans les films. Quelquefois je suis frustré devant certains films où je m’attache à un personnage et que je ne peux pas le suivre plus longtemps parce que le scénario utilise une ellipse par exemple. Alors qu’avec le format série… Quand tu suis les aventures d’un protagoniste, sur 7-8 ans, que tu grandis avec lui… L’effet n’est pas du tout le même. Il y aussi la question du temps. C’est toujours mieux de savourer une histoire 50 min par 50 min tous les soirs plutôt qu’un film qui va boucler son intrigue en 1 h 30 ou 2 heures.

D’où vient cette passion pour l’objet cinématographique ?

Pour tout dire c’est grâce à un professeur, mon professeur de français en 4ème pour être précis. Aujourd’hui un prof’ qui diffuse un film devant ses élèves ça peut paraître banal, voir normal. Mais à l’époque, quand un professeur sort une cassettes VHS, qu’il montre à ses élèves Midnight Express et qu’il pose des questions sur le film ensuite, c’est tout simplement révolutionnaire. C’est l’un des premiers qui m’a fait comprendre que le cinéma ce n’était pas juste un produit de consommation, qu’il y avait des gens derrière la caméra qui veulent faire passer un message, une émotion, qui ont une véritable intention artistique. J’ai eu la chance également d’acquérir rapidement un magnétoscope pour enregistrer les films pour les regarder tranquillement plus tard. Ce qui a évité pas mal de dispute pour savoir quoi regarder à la télé le soir avec ma famille.

Vous avez déjà pensé à faire une carrière dans le cinéma ? Que ce soit en tant que professeur, réalisateur ou acteur ?

Être derrière la caméra signifie déjà avoir une caméra et tout le matériel qui va avec. Ce qui représente un investissement assez conséquent. Je suis plus intéressé par le partage de connaissances. Mais même quand on veut apprendre le cinéma, il faut passer le côté technique et là encore il faut savoir connaître cet aspect sur le bout des doigts. Après l’idée de proposer des animations, des projections à des élèves de collèges et lycées pour ensuite les mettre en lien, les faire travailler avec des professionnels du milieu pour s’essayer à la technique et pour, pourquoi pas, faire de la création pure et dure. Là oui, on est dans quelque chose que peut proposer De films en séries à l’avenir. Faire entrer l’objet « série » dans le milieu scolaire en tant qu’objet d’étude, d’analyse, est un des objectifs de l’association, naturellement.

Les prochains événements qui vont arriver ?

Le 16 novembre ce sera la conférence numéro 12 sur le fantastique dans les séries TV. Aux alentours du 7 décembre la toute dernière conférence avec pour thème la « série-thérapie » ou comment une série peut apporter une aide psychologique aux spectateurs. On prévoit également des avant-premières au Cinéma l’Étoile Palace. Après il faudra attendre le printemps pour que se mette en place les nouveaux formats de conférences. Actuellement, on se concentre sur l’offre étudiante que nous proposons ainsi que sur la mise en place des animations dans les bars et les restaurants.

Une exportation de l’association dans d’autres villes est-elle envisageable ?

On a d’éventuelles possibilités sur Riom via le cinéma Arcadia, puisqu’il est tenu par l’ancien directeur du cinéma de Vichy. Sur Clermont-Ferrand également, on est déjà en lien avec certains acteurs du milieu. L’avantage c’est que j’ai 13 conférences déjà toutes prêtes que je peux très bien proposer dans d’autres villes ou même au Pôle Lardy, pour attirer un public un peu plus jeune. L’idée c’est de ne pas partir trop loin non plus, de rester un minimum dans la région.

Déjà 1 an pour l’association, vous êtes satisfait de ce qui a déjà été accompli ?

Plutôt oui. C’est encore une « association-bébé » si je puis dire. On a fait des conférences, des projections qui ont dans l’ensemble très bien marché, on commence à proposer une offre étudiante qui attire de plus en plus de monde. Un résultat vraiment encourageant quand on considère qu’on n’est que 4 dans l’association. Une équipe qui, d’ailleurs, est toujours à la recherche de personnes motivées ou qui souhaiteraient proposer des animations en lien avec les séries, le cinéma, voire la bande dessinée.

Le succès est au rendez-vous ?

Il faudrait faire un sondage pour avoir des chiffres précis (rire). Pour ce qui est des conférences, on est sur une bonne cinquantaine de personne et pour les projections, on a quasiment fait salle pleine à chaque fois. Ce qui est bien aussi c’est que ça attire des gens de tout âge et également des personnes qui n’ont pas forcément d’attrait pour les séries et qui se sont mis à regarder – et à apprécier – les séries à la suite d’une conférence. Ça c’est une des vraies réussites de l’association ! Surtout quand il s’agit d’un public âgé qui a souvent des a prioris, des méconnaissances sur le sujet. Ils finissent par regarder des séries et à en discuter avec d’autres personnes et c’est là toute la beauté de la chose !

Vous avez mentionné la possible création d’un festival à Vichy...?

Plutôt accueillir ou être l’extension d’un festival déjà existant, oui. Monter soi-même son festival, ça représente un certain défi, surtout aujourd’hui où tout le monde veut monter son propre festival. Ça demande une charge de travail colossale, des contacts et des soutiens importants, etc. On va d’abord se concentrer sur les petites animations, faire en sorte qu’elles marchent et pourquoi pas, à l’avenir, réfléchir à un projet un peu plus conséquent, puisque c’est là l’ambition première de l’association. Mais chaque chose en son temps…

Quelle est votre série préférée ?

En choisir une est un peu compliqué alors je vais en donner deux. La première, c’est The Leftovers, qui est une série que j’ai vue plusieurs fois et qui est absolument géniale. Si je dois un jour écrire un livre sur une série, je pense que ça serait celle-là. La deuxième c’est MadMen qui elle aussi est magnifique, dans un genre un peu différent. Ce sont les deux qui me viennent à l’esprit, mais c’est vrai qu’on a eu droit ces dernières années à un grand nombre de série d’une grande qualité qui sont sortis. The Wire, Breaking Bad, Game of Thrones… Récemment c’est la série Euphoria qui m’a marqué tout particulièrement.

Le format série à énormément gagné en popularité ces dernières années grâce notamment aux grosses entreprises de streaming. Est-ce qu’on assiste à un âge d’or de la série ou au contraire on est sur un effet d’overdose ?

Je pense surtout qu’il va y avoir un changement radical d’ici les prochains mois. L’arrivée de nouveaux concurrents, comme la plate forme d’Apple ou celle de Disney, va changer la donne. Surtout au niveau de la consommation puisque leur objectif est clair : ne pas rendre tous les épisodes d’un coup et revenir à une diffusion d’un épisode par jour ou par semaine. Un retour naturel des choses puisque c’est l’essence mêmes des séries télé. Et ce n’est pas plus mal. On savoure mieux l’épisode, on attend avec plus d’impatience le prochain épisode, ça favorise la discussion entre fan, etc. Maintenant il faut attendre de voir ce que ces changements de consommation vont apporter mais je ne me fais pas trop de soucis. Je ne pense pas qu’on puisse vraiment parler d’overdose. À titre de comparaison, on n’a jamais reproché à la littérature d’avoir des millions d’histoires, de récits différents.

Les élections municipales se rapprochent de plus en plus, est-ce que vous avez des attentes particulière concernant le secteur culturel ?

Je suis plutôt optimiste. Je suis vraiment satisfait de ce qui a été fait ces dernières années à Vichy, on sent vraiment que la mairie cherche à proposer de plus en plus de chose pour toutes les catégories d’âge. Il n’y a pas vraiment de favoritisme pour les étudiants ou pour les seniors (et vice versa.). Il y a d’énormes possibilités à Vichy en terme de propositions culturelles. Maintenant, il faut juste des gens qui réfléchissent à ces opportunités et qui fassent des propositions concrètes allant dans ce sens.

Propos recueillis par Théo Lestra