Interview : Paul Personne « Plus qu’un genre musical, le Blues est une attitude à part entière. »

« L’Homme à la Gibson » sera en concert en novembre à Vichy © photo E.Martin

Paul Personne posera ses valises au Centre Culturel de Vichy le 8 novembre prochain pour un concert d’anthologie. Entretien avec cette légende du blues et du rock français.

Comment se passe la tournée pour le moment ?

Pour l’instant, tout est vraiment super. J’ai la chance de faire cette série de concerts avec de jeunes musiciens qui ont entre 25 et 30 ans et je dois avouer qu’il y a vraiment un échange d’ambitions et surtout d’énergie entre nous ! C’est quelque chose de vraiment super stimulant.

Vous n’êtes pas remonté sur scène depuis 2015. Le retour n’est pas trop difficile ?

Pas vraiment pour être franc. C’est plus une question de se remettre dans le bain. Partir en bus, dormir dans des hôtels, repartir le lendemain du concert pour une nouvelle ville… Je suis un habitué de ce mode vie, il suffit juste de reprendre le rythme. Mais comme je n’ai jamais vraiment cessé de vivre comme ça…

Vous êtes content de retrouver votre public ?

Un peu que je suis content ! S’il n’y avait pas le public, ce contact si particulier avec lui, il y a longtemps que je ne ferais plus de scène ! Les concerts de musique sont toujours des moments uniques et privilégiés d’échange avec les spectateurs. Je n’en suis clairement pas à mon premier concert mais c’est vrai que je m’amuse toujours autant !

Et le public, vous pensez qu’il est content de vous retrouver ?

Je l’espère en tout cas ! J’ai conçu cette tournée de façon à ce que chacun de mes concerts soit unique. Je joue des morceaux du dernier album mais aussi d’anciens titres comme Barjoland pour faire vibrer les fans de la première heure. Mais ce n’est pas un show uniquement réservé aux nostalgiques ! C’est un spectacle pour ceux qui aiment la musique en général et pas forcément pour les adorateurs de Blues ou de Rock …

Votre dernier album s’intitule Funambule ou tentative de survie en milieu hostile, quel est ce « milieu hostile » dont vous parlez ?

Il suffit de lever le bout de son nez, de regarder la presse ou la télé pour comprendre. Comprendre comment l’être humain agit et traite l’environnement dans lequel il vit. Et toujours avec les politiciens qui s’en foutent et qui ne font rien. Ça fait des décennies que ça dure ! Mais le problème aujourd’hui c’est qu’il y a clairement urgence mais il ne se passe pas grand chose… Il y a quand même une certaine évolution mais c’est très lent. Et à côté de ça, on régresse sur certains sujets…

C’est donc un album qui s’inscrit dans l’actualité ?

Totalement, même si j’ai toujours abordé ce genre de sujets. C’est quelque chose de récurrent, il y a une certaine forme de continuité. La volonté avec cet album, c’est vraiment de proposer un tour à 360° tout en essayant de rester « zen ».

Vous avez éprouvé de la difficulté pour la conception, l’écriture de cet album ?

Non, ça été quelque chose de vraiment spontané. Le plus difficile ça a été de trier tout ce que j’avais noté dans les carnets et enregistré sur les dictaphones. J’ai fait au mieux pour raccourcir, faire une sélection et arriver à 20 morceaux. Au final, on en a enregistré 15 et on en a gardé 11 pour constituer Funambule.

On peut considérer ce projet comme votre tout dernier album ou il y déjà des choses qui se profilent à l’horizon ?

Non, ce n’est pas le dernier. J’ai déjà des idées, des mélodies qui me trottent dans la tête, des textes que je griffonne dans des cahiers mais je ne sais pas… On va dire que ce n’est pas la priorité pour le moment. Je préfère me concentrer sur la route, sur la tournée. Pour le reste on verra après.

Si ce n’est pas un album peut-être une future collaboration alors ?

Pour ce qui est des collaborations, je n’ai pas vraiment d’idées en tête. Pour être tout à fait honnête, les collaborations se font surtout au feeling, au hasard des rencontres. On pose une question à laquelle on répond avec des impros spontanées, avec ce que l’ont ressent. Ça peut arriver dans un avenir proche ou dans plus longtemps je ne sais pas (rire).

C’est votre 15éme album signé à votre nom, encore plus de projet en collaboration : Vous vous doutiez que vous alliez avoir un telle carrière en commençant la musique ?

Quand j’ai commencé, à l’époque, rien que l’arrivée de l’an 2000, c’était quelque chose d’énorme ! Presque de la science-fiction. On était facilement impressionnable. Alors quand j’ai vendu mes premiers CD, que j’ai commencé à faire mes premiers concerts, c’était inimaginable. Et je te raconte pas pour les premiers disques d’or, ça été un véritable choc ! Mais je ne me suis jamais trop pris la tête par rapport au succès. L’objectif que j’avais hier est le même aujourd’hui : faire de la musique et jouer de la guitare comme j’en ai envie.

Parlons un peu de l’état du Blues aujourd’hui en France : vous pensez qu’il se meurt ou que la nouvelle génération qui arrive est là pour prendre en charge la suite ?

Je ne me préoccupe pas vraiment de ça pour tout dire. Je ne me vois pas comme un juge ou un critique de ce que font les autres. Je n’ai pas vraiment le temps pour ça, aujourd’hui tout va très vite dans la musique, on peut être connu en un clic et il y en a énormément qui tentent l’aventure ! Il faut voir le blues un peu comme une école, un tremplin, un chemin à suivre soi-même. Je me vois plus comme quelqu’un qui va transmettre cette passion, un peu comme une course de relais. On m’a passé le témoin à une époque en me disant « C’est à ton tour petit gars ! » et j’ai envie de faire pareil aujourd’hui avec la nouvelle génération.

Quel est l’aspect du Blues qui vous plaît le plus ?

Je ne saurais pas vraiment trop comment l’expliquer… J’ai toujours été attiré par ce genre de musique, ce style si particulier. C’est quelque chose d’instinctif, il faut avoir une certain sensibilité pour comprendre « l’énergie mélancolique » qui s’en échappe. Plus qu’un genre musical, le Blues est une attitude à part entière.

À l’image de Patrick Verbeke ou Bill Deraime, vous chantez le Blues en français, alors qu’il a de profondes racines américaines…

C’est vrais que les grands professeurs du genre chantent en anglais. C’est une langue qui a une certaine sonorité, qui swing. Mais quand tu veux faire frissonner le public, quand tu veux lui faire ressentir des émotions avec ta musique, il n’y pas quatre chemins : il faut passer par ta langue maternelle, à savoir le français. Ça représente un certain challenge puisqu’aujourd’hui on est à l’époque de « la mondialisation de la musique » et beaucoup de jeunes groupes partent sur des morceaux en anglais. Personnellement, je préfère que mon public soit ému, qu’il comprenne le message que j’ai voulu transmettre plutôt que de juste apprécier la sonorité du morceau.

Ce sera votre premier concert à Vichy ? Vous n’appréhendez pas trop ?

Ce ne sera pas ma première fois à Vichy, non. J’étais déjà venu pour un concert il y a longtemps. Mais on avait eu des soucis au niveau de l’horaire à cause de la neige à l’époque. Un vrai bazar ! Même si au final le concert s’est bien terminé. J’espère juste ne pas avoir les même soucis météo qu’à l’époque (rire). À part ça, je n’appréhende pas du tout. Je ne mets aucune ville au dessus des autres en terme d’importance. Je vais jouer le concert avec le même sourire, la même énergie que pour tous les autres. Que ce soit Lyon, Saint-Étienne ou Vichy. Ma seule attente c’est qu’on s’amuse et qu’on passe un excellent moment tous ensemble.

Propos recueillis par Théo Lestra